Qu'est-ce que le Kenpo ?
Le Kenpo, « méthode ou art du poing », est né de la rencontre entre le boxe chinoise de Shaolin et les techniques indigènes d'Okinawa — avant de devenir le karaté moderne.
De la Chine à Okinawa
Par les siècles passés, le Japon — et plus particulièrement l'archipel des Ryu Kyu, dont Okinawa est l'île principale — a toujours été en contact avec la Chine. Les échanges commerciaux et culturels ont permis d'importer au Japon le Kenpo chinois, pratiqué depuis le 3e siècle par les moines bouddhistes de Shaolin. Cet art, connu sous le nom de Tode (Tote) « main de Chine » par les habitants des îles Ryu Kyu, se transforme et prend l'appellation de Kenpo — « méthode ou art du poing ». Les habitants d'Okinawa ne transformèrent pas seulement le nom de cet art : ils y intégrèrent leur propre forme de combats indigènes, le Yawara ou Jujutsu. Puis, par la suite, ils simplifièrent les techniques et les formes de combat pour les rendre plus pragmatiques, misant sur la force et la vitesse. Ainsi naquit le Kenpo, transcription phonétique japonaise faisant référence à ces formes de combat. Le Kenpo se modernisera par la suite lors de son entrée au Japon par Gichin Funakoshi et deviendra le Karaté.
Muneomi Sawayama et le Nihon Kenpo
Muneomi SAWAYAMA (1906-1977) est le père du Kenpo moderne. Il revint aux sources du Kenpo d'Okinawa pour fonder le Nihon Kenpo. C'est par la combinaison du Shito Ryu Karaté, du Kodokan Judo ainsi que du Jujutsu qu'il rétablit le Kenpo d'antan. Il introduit des équipements de protection semblables à ceux utilisés au Kendo (le Bogu), ainsi que des formes de combats libres (kumite) pour pouvoir pratiquer son art d'une manière réaliste et en toute sécurité.
De nos jours, le Nippon Kenpo progresse dans trois grandes villes du Japon : Osaka, Tokyo et Nagoya. Toutes les associations pratiquent le Nihon Kenpo dans plus de cent universités, cinquante écoles supérieures et cent clubs (dojo). C'est également une des méthodes officielles de combat, faisant partie intégrale de l'entraînement de la police et de l'armée : le Nippon Kenpo est intégré au curriculum du Taihojutsu (méthode d'arrestation) de l'académie de police de Tokyo ainsi que du Kidotai (S.W.A.T.). Plus de 30 000 personnes pratiquent le Nippon Kenpo au Japon.
Les quatre grands courants du Kenpo
Le Kenpo est un terme générique utilisé pour parler des styles de boxe asiatique. On retrouve quatre grands courants principaux de Kenpo à travers le monde :
- Kenpo chinois (Chu'an Fa, Shaolin Kung Fu…) ;
- Kenpo d'Okinawa ou Kenpo des Ryu Kyu (Okinawate, Karaté Kenpo…) ;
- Kenpo japonais (Nihon Kenpo, Shorinji Kenpo) ;
- Kenpo américain (American Kenpo, Ed Parker's Kenpo, Kajukenbo…).
Le Kajukenbo est un style de Kenpo un peu particulier. Créé sur les îles d'Hawaï, il est un amalgame de Tang Soo Do (karaté coréen), de Judo (Sekeino Ryu), de Jujutsu (Danzan Ryu), de Kenpo (Koshu Ryu) et de Chu'an Fa Kung Fu (boxe chinoise). Il se retrouve à mi-chemin entre le Kenpo chinois et le Kenpo d'Okinawa.
Un art du poing en corps à corps
Le Kenpo utilise principalement l'Atemi Waza (techniques de frappes) ainsi que la connaissance des Kyusho (points vitaux). Il complète son répertoire technique avec un ensemble de techniques complémentaires : Nage Waza (projections), Kansetsu Waza (techniques articulaires), Shime Waza (strangulations). Contrairement au karatéka, le Kenpoka peut saisir son adversaire, le projeter au sol, le frapper ou exercer un contrôle sur celui-ci.
Le Kenpo met beaucoup plus l'emphase sur le combat à courte distance (corps à corps) et le combat au contact que le karaté moderne ne le fait généralement aujourd'hui — bien sûr, quelques écoles de karaté font exception à cette règle, notamment le Karaté Kyokushinkai. Le Kenpo se distingue également par ses mouvements de frappes et de déplacements circulaires, là où le karaté est beaucoup plus rectiligne. Le Kenpo met enfin l'emphase sur les techniques de frappes multiples et simultanées — comparé au Ju Jutsu et au Tai Jutsu sur notre page Kenpo, Ju Jutsu et Tai Jutsu.