Masutatsu Oyama (1923-1994), fondateur du Karaté Kyokushinkai
Légende du plein contact, Masutatsu Oyama a créé un style où les combats se déroulent au K.-O. : le KYOKUSHINKAI, « l'école de l'ultime vérité ».
Une enfance entre Corée et Mandchourie
Masutatsu Oyama est né le 27 juillet 1923 en Corée du Sud sous le nom de Hyung Yee. Quatrième enfant d'une famille de six garçons et une fille, il découvre à l'âge de 9 ans le KEMPO chinois et les arts martiaux anciens de Corée dans la ferme de sa sœur, en Mandchourie. Le GOJU RYU de Yamaguchi Gogen lui vient plus tard d'un travailleur saisonnier à la ferme de ses parents.
Le jeune Masutatsu est un garçon turbulent. À 13 ans, son père l'envoie se calmer au Japon. Il change alors de nom pour adopter celui sous lequel le monde entier va le connaître. À 15 ans, il part pour l'école militaire de Yamanashi dans l'espoir de devenir pilote. Il y découvre le KARATÉ.
L'ascension chez les grands maîtres
À Tokyo, il suit l'enseignement des plus grands, parmi lesquels Gichin Funakoshi. Ceinture noire 2e DAN en deux ans, il remporte en 1947 le premier « All Japan Tournament » réunissant tous les styles de KARATÉ. À 20 ans, il passe avec succès son 4e DAN de KARATÉ. Il pratique le JUDO à l'académie militaire et, 4 ans plus tard, obtient son 4e DAN. Mais il commence à regretter l'absence de contact et de réalité dans le style SHOTOKAN qu'il pratique avec Yoshitaka Funakoshi.
La retraite de 18 mois dans les monts Kiyosumi
Après la défaite japonaise de 1945, il rencontre So Nei Chu, expert de GOJU RYU, qui lui conseille de compléter sa recherche par un travail interne spirituel. Il s'exile pour méditer trois ans dans la solitude des monts Kiyosumi. Un de ses élèves, Yashiro, relève le défi et l'accompagne dans sa solitude ; ils ont pour seul contact M. Kayama, qui les ravitaille régulièrement. Il s'impose une discipline de fer et un entraînement rigoureux : imprégné de ZEN, il s'impose des entraînements draconiens, hiver comme été — KIHON sous les cascades d'eau glacée, courses en montagne, frappes dans les arbres… Le soir, c'est la vie et l'œuvre de Miyamoto Musashi qui, à la lumière d'une bougie, renforcent sa volonté.
Il puise dans les formes anciennes coréennes le travail des coups de pieds, auquel il ajoute les balayages et les attaques dans les jambes. Le GOJU RYU appris de Yamaguchi Gogen lui inspire les techniques de poing et le travail respiratoire. Il tire du SHOTOKAN les principes de base du mouvement linéaire et y ajoute, pour les gradés, les formes circulaires du TAIKI-KEN de Kenichi Sawai. Yashiro craque au bout de 6 mois ; son mécène doit l'abandonner au bout de 18 mois, l'obligeant à mettre un terme à cette épreuve de folie.
L'homme qui affrontait les taureaux
Quand il revient à la civilisation en 1950, il teste sa force sur un taureau. Il en affrontera 52 dans sa vie, en tuera 3, se contentant le plus souvent de leur briser les cornes du tranchant de la main. En 1952, il entame une tournée triomphale de démonstrations et de défis aux États-Unis puis en Asie, affrontant KARATÉKAS, boxeurs, lutteurs et autres adversaires qu'il domine largement — y compris les meilleurs combattants d'arts martiaux locaux, en boxe thaïe notamment.
1964 : la naissance officielle du KYOKUSHINKAI
En 1953, il ouvre un premier DOJO dans le quartier Mejiro de Tokyo. C'est Bobby Lowe qui exporte pour la première fois ce style sévère en dehors du Japon, avec l'ouverture d'un DOJO à Hawaï, après avoir été le premier UCHI DESHI (élève interne) pendant 18 mois. En 1964 voit l'ouverture du premier HONBU DOJO : c'est en fait seulement à cette date que Masutatsu Oyama donne à son style le nom de KYOKUSHINKAI (l'école de l'ultime vérité). À partir de là, tout s'enchaîne à une vitesse hallucinante.
Une œuvre écrite et une légende
Au Japon, puis à travers le monde, Masutatsu Oyama a su faire connaître le KYOKUSHINKAI, avec la parution du livre « Vital KARATÉ », puis d'une véritable encyclopédie en trois volumes — « What is Karaté », « This is Karaté » et « Advanced Karaté » — où les différents aspects du travail du KYOKUSHINKAI sont analysés et détaillés. Il a aussi publié un condensé de son cheminement sous le titre « The Kyokushin Way » (la voie Kyokushin). Maître Oyama est devenu de son vivant une véritable légende : un style où les combats se déroulent au K.-O., la casse et l'endurance pour que les élèves se testent et se surpassent, KIHON et KATA comme outils principaux permettant à chacun de progresser sur la voie (DO).
Pour les plus endurcis de ses KARATÉKA, Masutatsu Oyama a établi une épreuve que chacun peut présenter quand il le désire — HYAKU NIN KUMITE, l'épreuve des 100 combats.
Actuellement, l'organisation KYOKUSHINKAI représente, au Japon et dans le monde, la plus forte école de KARATÉ, avec plus de douze millions de pratiquants sur les cinq continents. Masutatsu Oyama est décédé en avril 1994. L'esprit de combat du Kyokushinkai nourrit les frappes et le durcissement du Sôgô Budô Ju Jutsu.